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Interview de Roméo Dika
Sunday, 31.01.2010, 01:52pm (GMT)

Ses textes, comme ceux de certains de ses collègues ont toujours eu un sens d’engagement politique, loin des sempiternelles thématiques d’amour. Intrigué par cette nouvelle approche pour cette génération que l’on croyait insensible et à laquelle on collait un certain conformismevà la question politique, j’ai voulu en savoir un peu plus sur Roméo Dika. à travers quelques questions.

 

J’ai posé la question à quelques personnes à votre sujet et elles m’ont répondu : Roméo Dika ? Nous ne connaissons pas. Alors qui se cache derrière ces deux « mots » ?

je commencerai par vous dire merci de l’opportunité  à moi offerte au travers de ces lignes.  De manière très simple je dirai que je suis, Un Africain du  Cameroun, né au début des années 60 à Abidjan, en Côte d’ivoire. 
Je suis Artiste- Musicien- Editeur, producteur, Arrangeur  de Musique, homme politique, même si je préfère mon statut de Musicien.  Voila en quelques lignes mon identité.

Quelle conception aviez vous de la musique avant de l’exercer et qu’en est-il aujourd’hui ? Cette vision a-t-elle aussi changé avec le temps ?

jeune, je pensais que la Musique était un fleuve tranquille  de bonheur et de bon vivre, hélas, adulte, je me rends compte que la Musique ne diffère pas de l’ensemble des métiers qui concourent et participent à la construction du monde.  Devenu professionnel d’abord l’artiste à la recherche d’un Producteur, j’ai constaté, que c’est un monde sans moral, un peu une jungle avec beaucoup de gens sans scrupule, hélas, il faut de tout pour faire le monde. Aujourd’hui, je me construis mon monde loin de toute la pression qui entoure ce milieu. J’ai mon label DRI PRODUCTION depuis 1987, nous faisons dans la production, l’édition, la sonorisation et depuis deux ans dans le pressage de CD et DVD.

Quels thèmes abordez-vous facilement dans votre musique ?
je fais des efforts pour fondre dans presque tout, l’amour, la vie, les textes engagés, je fais dans la variété, j’évite de m’enfermer dans certains conformismes.

Depuis deux ou 3 albums, on note chez vous une tendance ou alors une velléité à aborder les sujets dits sensibles. D’abord est-ce une velléité qui s’est éveillée par frustration ou est-ce une conviction profonde ?
Je suis un homme engagé et à thème. Tout est planifié chez moi. Je ne laisse pas beaucoup de place au hasard.  Certains en ouvrant un peu mieux les oreilles pour m’écouter, découvre sur le tard certainstextes engagés, je dirai, qu’ils sont un peu en retard mais, il vaut mieux tard que jamais. Depuis toujours, dans chacun de  mes albums, il y a toujours destextes engagés. Ces dernières années, peut être que mon positionnement politique permet une meilleure lisibilité à certains, je dirai simplement tant mieux pour tous. Parlant de frustration, je fais des efforts pour évacuer chaque soir avant de me coucher les fâcheries de la  journée, donc, je puis rassurer  ne jamais agir en rapport avec de telles situations.  Je suis quelqu’un qui crois beaucoup au destin. Le temps des accomplissements s’accomplit toujours.

Si j’insiste en disant que c’est par opportunisme ou frustration que votre musique s’est « politisée » en me basant sur les précédents albums que me répondriez-vous ?

je vous prierai d’écouter  POLITIKI OH dans l’album MAESTRO  qui date de 1996 ou SAWA dans l’album  MARVELOUS qui date de 1998, ou encore BACK TO REBELLION qui est plus vieux car datant de 1992.

Quels sont vos modèles dans la lutte que vous menez m’appuyant bien sûr sur l’album « la lucha continua ».

Rje répondrai, Dieu, NELSON MANDELA, Le DALAÏ LAMA, GHANDI, MITTERAND, SANKARA, STEVE BIKO, DOUMBA Joseph Charles, François SENGAT KUO, Paul BIYA. Je n’aime que les personnalités constantes.

De quelles chaînes s’agit-il dans « Tears and Bloods ? ». Pensez-vous ne pas être libre au Cameroun, ou en Afrique ?

les chaines de la souffrances intérieures. Les incompréhensions, les reptations humaines. Personnes ne peut m’enchainer car mon esprit est libre. Je suis Libre au Cameroun mais le sommes nous tous ? Tu sais la prison morale est parfois pire que la prison judiciaire. Je ne saurai être insensible face à la misère,  à la souffrance que vivent les autres. Je m’efforce d’être le peintre musical de ses travers de société.

Dans quel cas la politique et la musique font bon ménage ?

la Musique de mon point de vue est tributaire de sa société, l’artiste lui-même aussi. La société semble ou est sensée être régulée par lepolitique.  Ce dernier n’entend que le langage  de la contribution à son avènement aux affaires, alors moi j’utilise ma musique, la musique en général comme mon instrument d’actions politiques.  C’est vrai que le public paye pour voir l’artiste pendant que lePolitique paye le peuple pour qu’il vienne à lui, et que le politique et l’artiste étant en position de « concurrence » dans la maitrise de ce peuple « militant », je reste convaincu que tant que les artistes prendront ou considèreront lapolitique comme une affaire des autres ou de l’élite, il sera difficile que la Musique en Afrique contribue à l’élargissement de l’assiette des recettes  nationales et avoir aux yeux dupolitique, une considération autre que celle de l’ « amuseur public ».

Que pensez-vous de la politique culturelle au Cameroun ? Et concernant vous artistes ?
là, vous me posez une grande colle car, je suis à la recherche de cette visibilité.  Dans la profession de foi du président Paul BIYA, lors des précédentes campagnes présidentielles, il y a un point relatif à la promotion de l’art et des artistes mais est ce que cela a été par le ministère de tutelle transformé enPolitique culture ? je cherche toujours, le moment opportun si je trouve la réponse, j’ose espérer qu’il ne sera pas tard.

Les musiciens camerounais confirmés comme vous, vivent-ils de leur métier ?

Par la Grâce de Dieu et par mon organisation personnelle, pour le moment, ma famille et moi mangeons notre pain quotidien sans trop de difficulté. Mais je sais aussi que beaucoup de mes collègues tirent le diable par la queue du fait peut être de l’environnement mais, aussi, du fait du manque d’organisation. Beaucoup ne semble pas comprendre que la Musique est un métier qui requiert une gestion responsable du fait de son caractère éphémère.

Quel rapport entretiennent les musiciens et le ministre de la culture ?

j’éviterai de parler des autres car, je n’ai pas connaissance de leur actions, je sais simplement que me concernant, je semble évoluer depuis 25 ans que je suis dans la musique dans des incompréhensions. Au plan personnel j’ai été interdit d’accès au Ministère de la Culture pendant dix ans c'est-à-dire de 1997 à 2007 sous le ministre d’état Ferdinand OYONO. Depuis l’arrivée de l’actuelle Ministre, les choses semblent évoluer mais à rythme à dent de scie. Mais je note au passage qu’en 25 ans de carrière, je n’ai jamais pu être invité à une manifestation organisée par le Ministère de la Culture même lorsqu’on a invité l’artiste LAMBDA.  Ma société de SONORISATION (qui semble quand même faire partie des trois plus grosse dans le pays) ne semble pas rencontrer l’adhésion de certains responsables  de ce ministère, je ne comprends pas pourquoi, mais je sais que tant je serai en vie, peut être y aura-t-il le moment venu, quelqu’un là bas, qui pensera aussi à moi Ah Ah AH AH . mais pour conclure, il y a beaucoup de travail à faire dans ce ministère. Le personnel doit bouger et comprendre qu’il est là parce qu’il y a des artistes sans lesquels, il n y a pas de culture, on ne saurait donc à vie, paupériser les artistes pour des choses n’ayant aucun fondement.

Quelle est l’actualité de Roméo Dika ? Et surtout quelles sont ses perspectives ?

l’actualité c’est déjà la Promotion des Albums de Claudia DIKOSSO, MANGO dont je suis producteur, album qui sont en promotion.  Ensuite, le nouvel album que je prépare pour Mars 2010, album qui sort à l’occasion de la célébration de mes 25 ans dans la Musique que j’entends célébrer au courant du mois de MAI 2010 par trois Grands Concerts gratuits à LIMBE, DOUALA et YAOUNDE. Y participeront des amis artistes de la Côte D’ivoire et camerounais. 
Je profiterai de cette occasion pour donner des conférences sur : A) la contribution de la Musique dans le développement de notre pays. (ce sera une sorte de SOCIO- POLITIQUE de la Musique). B) Musique, Instrument d’action Politique ?

A vous le mot de la fin

je commencerai par vous dire merci. Ensuite que la parole est une arme politique redoutable dont il ne faut pas abuser, c’est pourquoi je me garde de rajouter quoi que ce soit à ce qui est dit. Je souhaiterai mes vœux les meilleurs à tous et invite les hommes de culture camerounais à un sursaut, la difficulté momentanée n’est pas éternelle, dans la difficulté, la solidarité permet de traverser certains clivages idéologiques qui ne concourent pas au partage porteur de bien être. Ne perdons pas espoir, le temps de notre accomplissement dans la foi s’accomplira.

© Camer.be : Interview réalisée et dirigée par Jean-Jacques Dikongué.

 





 
 


 

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