Ses textes,
comme ceux de certains de ses collègues ont
toujours eu un sens d’engagement politique,
loin des sempiternelles thématiques d’amour.
Intrigué par cette nouvelle approche pour
cette génération que l’on croyait insensible
et à laquelle on collait un certain
conformismevà
la question politique, j’ai voulu en
savoir un peu plus sur Roméo Dika. à travers
quelques questions.
J’ai posé la question à quelques personnes à
votre sujet et elles m’ont répondu : Roméo
Dika ? Nous ne connaissons pas.
Alors
qui se cache derrière ces deux « mots » ?
je commencerai par vous dire merci de
l’opportunité à moi offerte au travers de
ces lignes. De manière très simple je dirai
que je suis, Un Africain du Cameroun, né au
début des années 60 à Abidjan, en Côte
d’ivoire.
Je suis Artiste- Musicien- Editeur,
producteur, Arrangeur de Musique, homme
politique, même si je préfère mon statut de
Musicien. Voila en quelques lignes mon
identité.
Quelle conception aviez vous de la musique
avant de l’exercer et qu’en est-il
aujourd’hui ? Cette vision a-t-elle aussi
changé avec le temps ?
jeune, je pensais que la Musique était un
fleuve tranquille de bonheur et de bon
vivre, hélas, adulte, je me rends
compte
que la Musique ne diffère pas de l’ensemble
des métiers qui concourent et participent à
la construction du monde. Devenu
professionnel d’abord l’artiste à la
recherche d’un Producteur, j’ai constaté,
que c’est un monde sans moral, un peu une
jungle avec beaucoup de gens sans scrupule,
hélas, il faut de tout pour faire le monde.
Aujourd’hui, je me construis mon monde loin
de toute la pression qui entoure ce milieu.
J’ai mon label DRI PRODUCTION depuis 1987,
nous faisons dans la production, l’édition,
la sonorisation et depuis deux ans dans le
pressage de CD et DVD.
Quels thèmes abordez-vous facilement dans
votre musique ?
je fais des efforts pour fondre dans presque
tout, l’amour, la vie, les textes engagés,
je fais dans la variété, j’évite de
m’enfermer dans certains conformismes.
Depuis deux ou 3 albums, on note chez vous
une tendance ou alors une velléité à aborder
les sujets dits sensibles. D’abord est-ce
une velléité qui s’est éveillée par
frustration ou est-ce une conviction
profonde ?
Je suis un homme engagé et à thème. Tout est
planifié chez moi. Je ne laisse pas beaucoup
de place au hasard. Certains en ouvrant un
peu mieux les oreilles pour m’écouter,
découvre sur le tard certainstextes engagés,
je dirai, qu’ils sont un peu en retard mais,
il vaut mieux tard que jamais. Depuis
toujours, dans chacun de mes albums, il y a
toujours destextes engagés. Ces dernières
années, peut être que mon positionnement
politique permet une meilleure lisibilité à
certains, je dirai simplement tant mieux
pour tous. Parlant de frustration, je fais
des efforts pour évacuer chaque soir avant
de me coucher les fâcheries de la journée,
donc, je puis rassurer ne jamais agir en
rapport avec de telles situations. Je suis
quelqu’un qui crois beaucoup au destin. Le
temps des accomplissements s’accomplit
toujours.
Si j’insiste en disant que c’est par
opportunisme ou frustration que votre
musique s’est « politisée » en me basant sur
les précédents albums que me
répondriez-vous ?
je vous prierai d’écouter POLITIKI OH dans
l’album MAESTRO qui date de 1996 ou SAWA
dans l’album MARVELOUS qui date de 1998, ou
encore BACK TO REBELLION qui est plus vieux
car datant de 1992.
Quels sont vos modèles dans la lutte que
vous menez m’appuyant bien sûr sur l’album
« la lucha continua ».
Rje répondrai, Dieu, NELSON MANDELA, Le
DALAÏ LAMA, GHANDI, MITTERAND, SANKARA,
STEVE BIKO, DOUMBA Joseph Charles, François
SENGAT KUO, Paul BIYA. Je n’aime que les
personnalités constantes.
De quelles chaînes s’agit-il dans « Tears
and Bloods ? ». Pensez-vous ne pas être
libre au Cameroun, ou en Afrique ?
les chaines de la souffrances intérieures.
Les incompréhensions, les reptations
humaines. Personnes ne peut m’enchainer car
mon esprit est libre. Je suis Libre au
Cameroun mais le sommes nous tous ? Tu sais
la prison morale est parfois pire que la
prison judiciaire. Je ne saurai être
insensible face à la misère, à la
souffrance que vivent les autres. Je
m’efforce d’être le peintre musical de ses
travers de société.
Dans quel cas la politique et la musique
font bon ménage ?
la Musique de mon point de vue est
tributaire de sa société, l’artiste lui-même
aussi. La société semble ou est sensée être
régulée par lepolitique. Ce dernier
n’entend que le langage de la contribution
à son avènement aux affaires, alors moi
j’utilise ma musique, la musique en général
comme mon instrument d’actions politiques.
C’est vrai que le public paye pour voir
l’artiste pendant que lePolitique paye le
peuple pour qu’il vienne à lui, et que le
politique et l’artiste étant en position de
« concurrence » dans la maitrise de ce
peuple « militant », je reste convaincu que
tant que les artistes prendront ou
considèreront lapolitique comme une affaire
des autres ou de l’élite, il sera difficile
que la Musique en Afrique contribue à
l’élargissement de l’assiette des recettes
nationales et avoir aux yeux dupolitique,
une considération autre que celle de
l’ « amuseur public ».
Que pensez-vous de la politique culturelle
au Cameroun ? Et concernant vous artistes ?
là, vous me posez une grande colle car, je
suis à la recherche de cette visibilité.
Dans la
profession de foi du président Paul
BIYA, lors des précédentes campagnes
présidentielles, il y a un point relatif à
la promotion de l’art et des artistes mais
est ce que cela a été par le ministère de
tutelle transformé enPolitique culture ? je
cherche toujours, le moment opportun si je
trouve la réponse, j’ose espérer qu’il ne
sera pas tard.
Les musiciens camerounais confirmés comme
vous, vivent-ils de leur métier ?
Par la Grâce de Dieu et par mon organisation
personnelle, pour le moment, ma famille et
moi mangeons notre pain quotidien sans trop
de difficulté. Mais je sais aussi que
beaucoup de mes collègues tirent le diable
par la queue du fait peut être de
l’environnement mais, aussi, du fait du
manque d’organisation. Beaucoup ne semble
pas comprendre que la Musique est un métier
qui requiert une gestion responsable du fait
de son caractère éphémère.
Quel rapport entretiennent les musiciens et
le ministre de la culture ?
j’éviterai de parler des autres car, je n’ai
pas connaissance de leur actions, je sais
simplement que me concernant, je semble
évoluer depuis 25 ans que je suis dans la
musique dans des incompréhensions. Au plan
personnel j’ai été interdit d’accès au
Ministère de la Culture pendant dix ans
c'est-à-dire de 1997 à 2007 sous le ministre
d’état Ferdinand OYONO. Depuis l’arrivée de
l’actuelle Ministre, les choses semblent
évoluer mais à rythme à dent de scie. Mais
je note au passage qu’en 25 ans de carrière,
je n’ai jamais pu être invité à une
manifestation organisée par le Ministère de
la Culture même lorsqu’on a invité l’artiste
LAMBDA. Ma société de SONORISATION (qui
semble quand même faire partie des trois
plus grosse dans le pays) ne semble pas
rencontrer l’adhésion de certains
responsables de ce ministère, je ne
comprends pas pourquoi, mais je sais que
tant je serai en vie, peut être y aura-t-il
le moment venu, quelqu’un là bas, qui
pensera aussi à moi Ah Ah AH AH . mais pour
conclure, il y a beaucoup de travail à faire
dans ce ministère. Le personnel doit bouger
et comprendre qu’il est là parce qu’il y a
des artistes sans lesquels, il n y a pas de
culture, on ne saurait donc à vie,
paupériser les artistes pour des choses
n’ayant aucun fondement.
Quelle est l’actualité de Roméo Dika ? Et
surtout quelles sont ses perspectives ?
l’actualité c’est déjà la Promotion des
Albums de Claudia DIKOSSO, MANGO dont je
suis producteur, album qui sont
en promotion.
Ensuite, le nouvel album que je prépare pour
Mars 2010, album qui sort à l’occasion de la
célébration de mes 25 ans dans la Musique
que j’entends célébrer au courant du mois de
MAI 2010 par trois Grands Concerts gratuits
à LIMBE, DOUALA et YAOUNDE. Y participeront
des amis artistes de la Côte D’ivoire et
camerounais.
Je profiterai de cette occasion pour donner
des conférences sur : A) la contribution de
la Musique dans le développement de notre
pays. (ce sera une sorte de SOCIO- POLITIQUE
de la Musique). B) Musique, Instrument
d’action Politique ?
A vous le mot de la fin
je commencerai par vous dire merci. Ensuite
que la parole est une arme politique
redoutable dont il ne faut pas abuser, c’est
pourquoi je me garde de rajouter quoi que ce
soit à ce qui est dit. Je souhaiterai mes
vœux les meilleurs à tous et invite les
hommes de culture camerounais à un sursaut,
la difficulté momentanée n’est pas
éternelle, dans la difficulté, la solidarité
permet de traverser certains clivages
idéologiques qui ne concourent pas au
partage porteur de bien être. Ne perdons pas
espoir, le temps de notre accomplissement
dans la foi s’accomplira.
© Camer.be : Interview réalisée et
dirigée par Jean-Jacques Dikongué.