Voici 40
ans que Manu Dibango anime la scène
musicale africaine et même au-delà. Sa
carrière est un véritable conte de fée.
Après 30 albums, un succès planétaire,
des concerts dans les
salles
les plus
prestigieuses au monde, Manu
Dibango continue d’agir pour le
continent africain.
Pour mieux
apprécier le riche univers de ce
musicien émérite, nous avons ouvert une
lucarne sur son parcours.
Né en 1933
à Douala au Cameroun, Emmanuel Dibango
N’Djocke s’est très vite mis au saxo,
son instrument de prédilection. Très tôt
déjà, il écumait les cabarets où il se
produisait, avant de quitter son
Cameroun natal. Au gré de ses
vagabondages et à la recherche d’une
perfection de son talent, il dépose ses
valises
sur les bords de la Lagune Ebrié à la
fin des années 70. A Abidjan, il anime
avec Boncana Maïga l’orchestre de la RTI.
Grâce à la maestria de ces deux
virtuoses de la musique, l’ORTI
connaîtra une renommée qui s’étendra
jusqu’au-delà des frontières
ivoiriennes.
Mais manu
Dibango ne dormira pas sur les lauriers
glanés en Côte d’Ivoire. Bien au
contraire, il vogue d’aventure en
aventure. Ces différents voyages lui
permettent d’asseoir sa renommée de
grand
musicien, lorsque Michaël
Jackson, alors au faite de sa gloire,
plagie son titre : ‘’Mama Ko Mamessa
Makossa’’. A ce sujet, il dira : « quand
j’ai entendu cette chanson, j’étais
fier…Dans les années 80 on a eu un
procès qui a abouti à un arrangement qui
m’a permis de toucher un peu de sou ».
Manu
Dibango, un artiste engagé
S’il
est vrai que l’artiste a produit des
titres de bonne facture qui égayent
encore les sens des nombreux
mélomanes, il n’en demeure pas moins
que nombre de ses compositions sont
destinées à la promotion des
richesses africaines. Il la a peu,
il initiait une composition pour
promouvoir la vente de banane du
Cameroun. Cet engagement a abouti à
l’augmentation du volume des
exportations de la banane
camerounaise. Engagement d’autant
noble qu’il a permis l’éclosion de
la culture de ce produit qui
favorise la lutte contre la
pauvreté. PourManu Dibango en effet,
une bonne culture doit logiquement
aboutir à une économie certaine. Son
engagement se matérialise souvent
par
le parrainage de plusieurs
rassemblements artistiques. Il
s’agit notamment du ‘’festival
balafon’’ à Cotonou au Bénin, qui a
été initié par Queen Etémé. A
travers ce parrainageManu Dibango
tenait à prôner l’interactivité et
l’interaction artistiques.
Engagement qui l’avait, selon lui,
conduit en Côte d’Ivoire. Manu
Dibango continue d’agir pour le
continent africain :
en
2003 à Dakar au Sénégal, il a lancé
‘’Afrique 2015’’, pour un
développement soutenu et une
diminution du Sida sur le continent
d’ici 2015. Mais bien avant, en
1985, il a initié l’opération ‘’tam
tam’’ pour l’Ethiopie destinée à
aider ce pays.
Le
point de vue du maître sur la
nouvelle génération
Manu
Dibango a une vision très libérale
des artistes de la nouvelle
génération. Il les caractérise de
vouloir réclamer leur indépendance
par rapport à la veille garde. Il
estime que la nouvelle génération
est marquée à la fois par des
chanteurs talentueux et de très bons
techniciens de la musique. Il ne
tarit pas d’éloges pour des
musiciens, tels que Richard Bona,
Etienne M’Bayé et Paco Séry qu’il
qualifie d’instrumentistes émérites.
A cet effet, il exprime sa fierté de
savoir que ceux-ci font l’unanimité
aussi bien en Afrique qu’ailleurs.
En portant ce jugement,Manu Dibango
s’est mis au-dessus de la mêlée.
D’ailleurs qui, mieux que lui
pouvait prendre ce risque ? Avec une
expérience riche de trente
albums,Manu Dibango connaît une
notoriété internationale sans
pareille. Son répertorie est
essentiellement constitué de titres
à succès dont ‘’le soir au
village’’, ‘’N’Goni Soukiso’’ et
bien entendu ‘’Chou Chou’’, dont
l’inspiration lui a été insufflée
par la brise venue de la Lagune
Ebrié, lorsqu’il était encore à
Abidjan.
Ces
grands oubliés de l’histoire
musicale africaine
La
notion de ‘’World Music’’ est née à
l’aube des années 70. L’Afrique,
sous la forme du Makossa
Camerounais, pointait son nez dans
la Soul, héritière du Jazz et du
Rythm’n Blues. En 1972 en effet,
Soul Makossa deManu Dibango , était
le premier tube africain à marcher
aux Etats-Unis d’Amérique. Tout un
honneur pour le continent noir grâce
à la persévérance et au talent de
l’un de ses dignes fils. Depuis
lors, la méga Star Michael Jackson,
Caméo ou encore Jennifer Lopez n’ont
pu résister au phrasé de ‘’Mama ko
mamessa Makossa’’. Avec son saxo,
ses lunettes noires et son crâne nu,
il est le pionnier de l’Afro Jazz.
Il accompagnait alors les plus
grands, et les plus grands
l’accompagnaient : Fela Anikula Kuti,
Herbie Hancock, Ray Lema, pour ne
citer que ceux-là. Toutefois, il y a
une situation ironique à laquelle
sont soumis la quasi-totalité des
artistes africains. Ils sont peu
célébrés chez eux, alors qu’ils font
l’unanimité sont et chouchoutés en
Europe aux Etats-Unis et même en
Asie.Manu Dibango n’échappe pas à ce
sort. Il est peu connu dans les
milieux africains, tandis que ses
concerts font salles combles en
Occident. Triste réalité tout de
même. C’est le cas notamment du
Luambo Makiadi, alias Franco, Fela
Anikula Kuti, roi de l’Afro beat ou
encore Richard Bona, la valeur
montante qui s’inscrit aujourd’hui
parmi les meilleurs basistes du
monde.
Idrissa Konaté